• Emma Meesseman : comment la meilleure joueuse européenne a fait de sa surdité partielle un non-sujet

    Emma Meesseman : comment la meilleure joueuse européenne a fait de sa surdité partielle un non-sujet

    Il est des joueuses dont la domination ne se mesure pas uniquement aux statistiques. Emma Meesseman appartient à cette catégorie rare, celle des basketteuses qui imposent une forme de contrôle tranquille sur le jeu. Ni démonstrative, ni spectaculaire à outrance, elle domine pourtant saison après saison avec une régularité impressionnante. Une forme de prouesse, car si elle n’en a jamais fait grand cas, Emma Meesseman est en situation de handicap.

    Elle est depuis plusieurs années une référence mondiale. Mais réduire Emma Meesseman à son palmarès, qui s’est enrichi dimanche dernier d’un nouveau sacre européen en club – 7 titres en Euroleague, un record absolu -, serait passer à côté de ce qui la rend singulière : une intelligence de jeu hors du commun, bien au-delà des standards, et une résilience à toute épreuve.

    Trajectoire rectiligne

    Née à Ypres en Belgique en 1993, Emma Meesseman grandit dans un environnement où le basket est une évidence familiale. Sa mère, Sonja Tankrey, était une joueuse dominante à son époque. Elle a notamment participé à l’EuroBasket 1980 et 1985 et fut désignée meilleure joueuse belge en 1983.

    Très tôt, les observateurs repèrent en Emma Meesseman une joueuse différente. Pas forcément la plus explosive, mais déjà la plus juste. Celle qui anticipe, qui lit et qui comprend avant les autres.

    Son ascension vers le haut niveau se fait dans une forme de continuité. Après avoir écrasé de sa classe le championnat belge dès l’âge de 17 ans, elle rejoint Villeneuve-d’Ascq en 2012, puis franchit l’Atlantique en 2013 pour évoluer en WNBA avec l’équipe des Washington Mystics. Là encore, elle ne cherche pas à s’imposer par le bruit, mais par l’efficacité.

    Un premier point culminant arrive en 2019, via un titre WNBA et une distinction de MVP des Finales. Une consécration logique, presque évidente pour ceux qui suivent sa progression depuis des années.

    En Europe, son passage à Fenerbahçe, en Turquie, confirme son statut. Dans un championnat exigeant, elle s’impose comme une pièce centrale, capable de jouer à l’intérieur comme à l’extérieur, de créer comme de finir.

    Ce qui frappe chez elle, ce n’est pas seulement la polyvalence, mais la continuité. Elle connaît peu de variations dans la performance, peu de creux, en faisant une forme de stabilité rare à ce niveau, presque clinique.

    Avec les Belgian Cats, elle incarne la montée en puissance du basket féminin belge sur la scène internationale. Elle n’est pas seulement une star dans un collectif : elle en est le point d’équilibre. Son jeu ne cherche jamais à écraser celui des autres. Il le structure et le rend lisible. Autour d’elle, les systèmes prennent du sens.

    Particularité discrète

    Dans ce parcours sans faute, un élément reste souvent discret : Emma Meesseman est atteinte d’une surdité partielle. Ses parents découvrent son handicap à 5 ans, alors que la jeune fille parle différemment des autres enfants. Mais cette condition n’a jamais arrêté Meesseman. Elle a toujours souhaité devenir la meilleure version d’elle-même.

    Cette surdité, rarement mis en avant dans sa communication et compensée par un appareillage depuis son plus jeune âge, a probablement changé sa lecture du jeu. Dans un sport où la communication vocale est constante, Meesseman évolue avec un autre rapport à l’information.

    Sur le terrain, cela se traduit sans doute par une attention accrue aux signaux visuels, une anticipation plus forte des situations et une concentration continue sur les trajectoires et les déplacements. Loin d’être une limite visible, cette particularité pourrait avoir façonné un style de jeu encore plus analytique.

    Car chez Meesseman, tout repose sur le temps d’avance. Elle ne réagit pas seulement, elle devance. Là où certaines joueuses s’appuient sur la communication verbale, elle s’appuie sur une lecture globale de l’espace. C’est peut-être là que réside sa véritable supériorité, dans une perception du jeu débarrassée du superflu, presque épurée.

    Engagement réel

    Si la Belge ne fait pas grand cas de sa surdité, elle s’engage toutefois sur le sujet dans l’espace public. En mars dernier, à l’occasion de la Journée mondiale de l’audition 2026, trois ambassadeurs de la marque de solutions auditives Phonak, dont Emma Meesseman, se sont unis pour mettre en avant un message commun – le fait de prendre soin de son audition.

    Il y a quatre ans, la joueuse faisait déjà passer un message avant la rentrée scolaire, toujours pour Phonak.